mercredi 17 février 2016

Questions citoyennes à Swissuniversities (3)

Pour un débat public Bibliothèque de l’ETH/SLSP/Licences nationales et FNS


Réaction à la publication Weg mit den Büchern


Il est temps d’inviter à M. Ball (directeur Bibliothèque ETHZ), et M. Vetterli (Président du FNS) à un débat public. Les hautes écoles et bibliothèques pourraient leur adresser leurs questions et préoccupations sur l’accès à l’information et la publication scientifique. Le dialogue révélerait enfin les états intermédiaires possibles entre la «Totale Bibliothèque Digitale sous Licences» ou le «Total Open Access», tenant compte des coûts de ces modèles, dans le contexte de la restriction budgétaire fédérale à l’éducation et à la recherche. Le débat serait le prélude à une coordination entre pourvoyeur de fonds à la recherche, les universités, et les bibliothèques universitaires.



M. Ball, successeur de M. Neubauer à la direction de la Bibliothèque de l'ETHZ prend position dans divers articles: NZZTotal Open AccessOpen Access il y a 10 ansM. Ball: un pionnier, en faveur d'une bibliothèque scientifique numérique basée sur des licences nationales et universitaires, qu’il appelle la bibliothèque digitale. M. Ball rend hommage à M. Neubauer dans Vernetztes Wissen - Online - Die Bibliothek als Managementaufgabe: Festschrift für Wolfram Neubauer zum 65. Geburtstag, laissant penser à une proximité intellectuelle des 2 hommes. M. Ball dirige le projet Licences Nationales, M. Neubauer dirige le projet SLSP.

M. Neubauer a été directeur de la bibliothèque de l'ETHZ pendant une vingtaine d'année, et cumulativement et/ou successivement chef de projet de E-lib de 2008 à 2013, chef de projet NEBIS, chef du Consortium des Bibliothèques. Il a été une locomotive du développement de la bibliothèque digitale en Suisse.

La vision de la bibliothèque digitale sous licences a eu un sens avant l’avènement des réflexions et mises en œuvre de l’Open Access. Mais aujourd’hui, l'objectif de réalisation d'une bibliothèque digitale basée sur des licences nationales, surtout avec l'achat de backfiles, est en contradiction avec les objectifs du FNS qui cherche à promouvoir l'Open Access (Gold et Green). L’Open Access est aussi la voie développée par les responsables de fonds à la recherche européens et américains.

La création d’une délégation Stratégie et coordination de la politique des hautes écoles pour l'Open Access, accepté par Swissuniversities à la demande du SEFRI en février 2016, est le début de l’intégration de réflexions de l’Open Access dans les projets-CUS-P2 dédiés à l’accès à l’information scientifique.

L’interview de M. Ball dans la NZZ Weg mit den Büchern révèle au grand public sa vision de la bibliothèque digitale pour les bibliothèques universitaires, qu’il a simplement translatée (sans réelle argumentation) aux bibliothèques publiques. M. Ball répond aux critiques dont il a été l’objet en évoquant une scientifique de l’ETHZ qui conforterait sa vision. 

Voilà donc bien le danger des écrits de M. Ball : faire croire que toute la communauté scientifique et toutes les bibliothèques universitaires soutiennent un futur des bibliothèques sous forme digitale et sous licences tous azimuts. Mais rien n’est plus faux que ces simplifications. Les positions sont nombreuses, reflet de la complexité actuelle du paysage de l’information scientifique au niveau international. Par exemple, des scientifiques et des bibliothécaires universitaires lisent (encore!) des livres imprimés, et lisent des articles en ligne sous licences de leur bibliothèque institutionnelle, et pratiquent le Green ou le Platinum Open Access, et pratiquent du Data ou Text Mining à partir des publications l'archive institutionnelle PubmedCentral.

Une approximation provisoire personnelle des montants en jeux des ejournaux, ebases de données, et ebooks sous licence et payés par la Confédération se chiffre à quelques 230 mio frs au moins (approximation faite avec ce que j'ai trouvé publiquement, fichier XCel à demander à l'auteur). Ce qui est beaucoup (trop?) en regard des besoins financiers à dégager pour la recherche et l'éducation elles-mêmes. 

Une coordination véritable de stratégie de réduction des coûts de l'information scientifique entre l'ETHZ, le FNS, la CRUS, la CUS, Swissuniversities, et la CUB (Consortium Universitaires des Bibliothèques) n'a jamais eu lieu. Le poids de la Bibliothèque de l’ETHZ a été énorme dans les décisions concernant l’accès à l’information scientifique durant ces 15 dernières années, en raison des importants budgets attribués à cette entité.

Avec l’avènement de Swissuniversities et des mouvements Open Access débutés par le FNS, les statuts juridiques, les gouvernances, et les relations financières de Swiss Library Service Platform (SLSP), Licences Nationales, NEBIS, Consortium des Bibliothèques, et la bibliothèque de l'ETHZ doivent être clarifiés. SLSP, Licences Nationales, NEBIS, Consortium des Bibliothèques et la bibliothèque de l’ETHZ sont dirigés ou fortement influés par M. Ball et M. Neubauer, opposants revendiqués à l’Open Access, et partisans de la construction de la bibliothèque digitale sous licences. Le président du FNS, M. Vetterli soutient l’Open Access et en demande déjà sa pratique par les chercheurs.

La recherche suisse mérite une articulation crédible entre son principal pourvoyeur de fonds, le FNS, et les bibliothèques universitaires. La création de cette coordination pourrait débuter par une journée de débat, questions et réponses, afin de révéler toutes les subtiles positions entre la «Totale Bibliothèque Digitale sous Licences» ou le «Total Open Access» avec la participation des bibliothèques universitaires, des représentants des hautes-écoles, et des chercheurs, en présence de M. Ball et M. Vetterli, et du Secrétariat d’Etat à la recherche et à l’innovation, le SEFRI.

Etant employée d’une minuscule association, je n’ai pas les infrastructures, ni les moyens financiers d’assurer l’organisation d’un tel événement. En revanche, je suis prête à contribuer à la rédaction d’un catalogue de questions sur l’information scientifique avec des partenaires institutionnels et un médiateur de débat (je pensais au journaliste scientifque Beat Glogger), à transmettre aux orateurs avant le débat.

2 commentaires:

  1. Vous avez extrêmement bien saisi les enjeux; et le "gris" est probablement la future réponse, en fonction des domaines scientifiques concernés, les besoins peuvent largement différés. Toutefois, il me semble pertinent de ne pas mélanger la lecture publique et la recherche scientifique... était-ce pour noyer le poisson ? Une erreur de langage ? Un malentendu certain qui a flouté l'objectif certain décrit dans votre prise de position. Est-ce stratégique, politique ? Maladroit pour le moins !
    Mais, vous avez raison, il ne faut pas perdre de vue que la création d'une coordination faîtière "démocratique" devient nécessaire. Je ne suis pas pour une stratification à outrance des pouvoirs décisionnels, mais quand la parole est spoliée aux premiers concernés (les chercheurs en l’occurrence), parfois détournée simplement (la citation de M. Ball d'une chercheuse qui partage son point de vue est surréaliste et peu scientifique) pour atteindre un but détourné : la "Totale Bibliothèque Digitale sous Licences». Merci pour votre lecture et analyse. Meilleurs messages,

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  2. Bonjour,

    Merci pour votre commentaire, que j'aurais préféré signé. Le blog commence, et n'y ai pas stipulé que les commentaires seraient signés. Je m'en excuse.

    Je n'ai pas noyé le poisson, ni confondu lecture publique et recherche scientifique. C'est bien M. Ball qui confond les rôles, pratiques et missions des bibliothèques publiques et des bibliothèques scientifiques.Il pourrait modestement se prononcer publiquement personnellement plutôt sur les missions des bibliothèques scientifiques, et nuancer ses propos en énonçant la pluralité des pratiques et visions stratégiques de l'information scientifique par les bibliothécaires scientifiques. Dans le bouillonnement et la complexité actuels de l'information scientifique, M. Ball ne représente pas les bibliothécaires scientifiques dans leur ensemble. Tout au plus peut-il représenter son institution, l'ETH (et encore?!), dont la bibliothèque a une des plus importantes collections d'imprimés d'Europe.

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